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Trop d’hygiène tue l’hygiène

Attention à ne pas abuser de l'hygiène !

Dans notre esprit, la maladie est perçue comme un combat défavorable entre le microbe et son hôte. Pour prévenir les infections, nous cherchons depuis les travaux Princeps de Louis Pasteur les moyens de neutraliser le plus grand nombre d’ennemis potentiels. Et si on se trompait ?

Des ennemis omnipotents

Ce dossier met l’accent sur l’existence de moyens de défense très sophistiqués au sein de notre organisme. Cette défense est organisée par le cerveau, aussi bien face au stress que face aux agents infectieux. Dans le premier cas, il s’agit de déclencher les mécanismes qui permettent de répondre aux agressions. Ces mécanismes se traduisent par des comportements appropriés comme la fuite, la lutte, et l’inhibition de l’action. ils sont associés à des manifestations physiologiques comme l’accélération du pouls, l’élévation de la tension artérielle, la dilatation des pupilles (mydriase) ou encore la vasodilatation périphérique. La façon dont le comportement s’organise lors de cette situation de stress a été décrite en 1936 par le canadien Hans Selye. Parmi les éléments figurants dans son concept, il est apparu que l’exposition répétée à une situation donnée finit par nous y habituer. Le « stress » perçu chute alors. Le stress aigü, ou la répétition de sollicitations trop intenses peuvent déborder les capacités de réponse du sujet. Dans le domaine du sport, cela conduit le champion à perdre ses moyens, à gamberger, à « déjouer ». L’une des réactions spontanément adoptée consiste à se mettre à l’abri des situations stressantes. C’est une tendance qui se généralise.

Ainsi, il n’étonne plus grand monde, aujourd’hui, de voir les plus grandes équipes de foot mondiales vivre recluses à l’abri du monde à l’occasion des grandes compétitions. Pour échapper à la « pression », dit-on, celle-là même que leurs joueurs déclarent, lors d’interviews calibrées, affectionner en compétition. D’autres s’y préparent, à l’inverse, en se plaçant dans des conditions pires que celles qu’ils vivent en compétition. Comme les cyclistes de l’équipe danoise de CSC, qui participent chaque année à un stage commando. C’est le cas aussi  des descendeurs de l’équipe de France masculine de ski qui, à une époque, passaient une semaine au CNEC de Collioure (Centre National d’Entraînement Commando). Ils s’adonnaient aux parcours de combats au milieu des troupes d’élite . On voit donc se dégager deux tendances opposées : soit l’éradication maximale des situations fragilisantes, soit au contraire la mise en situation, dans un contexte supposé plus dur que celui auquel on s’attend. Comme une sorte de « vaccination » préalable au stress. D’où cette question : Sommes-nous plus heureux et plus forts dans un univers vidé de tensions, ou au contraire doit-on rechercher leur confrontation pour mieux les appréhender ?

Nous nous protégeons de certaines situations

Le débat est ouvert. Ainsi, certains auteurs considèrent que l’absence de stimulus abaisse à un seuil anormalement bas la tolérance du sujet à toute forme d’agression. La volonté de mettre le sujet à l’abri des situations de stress pourrait  selon eux, aboutir à une situation paradoxale, celle d’une vulnérabilité accrue aux émotions négatives.

Cette logique de protection maximale prévaut aussi dans le domaine de l’immunité. Si on établit un parallèle avec les émotions « stressantes », les microbes représentent une autre forme d’agression.  On déclenche une série de mécanismes adaptés : rougeur, chaleur, tuméfaction et douleur, que le cerveau perçoit, à l’égal de l’accélération du pouls, qu’on relève en phase aigüe de stress. On se trouve donc, dans les deux cas, en état d’alerte vitale.

En 2006, l’existence de microbes dans notre environnement est un fait acquis et admis de tous. Même pour des enfants de maternelle pour qui ce concept est familier. Pourtant, avant 1870 et les travaux de Louis Pasteur (1822-1895), leur existence était ignorée de tous. La notion de « microbe », à l’échelle de l’histoire de l’humanité, est donc quasiment contemporaine ! Louis Pasteur découvrit plusieurs d’entre eux, en particulier le staphylocoque et le streptocoque. Il consacra l’essentiel de son temps à se battre pour démontrer que divers microbes étaient responsables de la propagation des infections. Il défendit également l’idée selon laquelle il était indispensable de recourir à l’asepsie. Ce terme traduit la volonté d’éliminer tout agent bactérien de notre organisme. Cette éradication totale étant rapidement perçue comme impossible, Pasteur imagina d’y pallier avec l’invention des vaccins. Rappelons que le vaccin consiste à inoculer des microbes dont la virulence est atténuée, pour donner le temps à l’organisme de développer des défenses optimales. Toujours est-il que l’œuvre de Pasteur a marqué durablement la pensée médicale. Aujourd’hui encore, l’émergence d’une infection, en particulier dans le cadre hospitalier, est vécue comme une erreur, voire une faute professionnelle. La crainte des maladies nosocomiales aboutit à des mesures d’hygiène de plus en plus draconiennes. II suffit de commander un sandwich dans un hall de gare, ou de tenter d’expédier un camembert au lait cru à des cousins d’Amérique  pour prendre la mesure de l’évolution de nos moeurs en matière d’hygiène alimentaire.

Une approche des terrains

Des pensées alternatives, y compris dans le monde médical, se sont cependant élevées contre ce dogme de l’asepsie. Dans ce courant, on porte un regard plus large sur la question de l’infection. Comme dans le cas du stress, l’infection est présentée comme un combat entre l’agresseur et le défenseur. L’infection survient seulement lorsque l’agresseur prend le dessus. De même qu’un événement stressant n’est pas vécu de la même façon par tout le monde, nous sommes vulnérables aux infections de manière différente. Des faits étonnants nous sont parvenus à travers les siècles. Quand on pense aux épidémies dévastatrices, comme la peste qui toucha la ville de Marseille au XVIIIème siècle, on retient les milliers ou millions de victimes causées par l’épidémie. On oublie en revanche que certains voyageurs traversèrent l’Europe, les quarantaines, et les villes décimées, sans contracter la maladie. Plus proches de nous, les vagues de grippe laissent sur le flanc les plus faibles, et justifient la vaccination systématique des seniors. Et pourtant, à leurs côtés, des sujets alertes peuvent rester plusieurs années sans avoir la moindre idée de ce qu’est une poussée de fièvre.

Ces observations intrigantes ont tellement suscité la curiosité de certains acteurs de la santé, qu’une philosophie radicalement différente a émergé. Cette nouvelle pensée place la réponse du sujet (c’est-à-dire ses défenses) au cœur de la problématique. Une phrase résume parfaitement cette manière d’envisager la prévention des infections : « le microbe n’est rien, le terrain est tout ». Hérétiques ou iconoclastes, les tenants de cette approche comptent pourtant un allié de choix dans le monde scientifique en la personne de Louis Pasteur lui-même. Il exprima cette phrase à la fin de sa vie, remettant en  cause une partie du travail effectué durant quarante ans. Un tel revirement mérite d’être expliqué.

Nécessité d’un bruit de fond

Depuis une quarantaine d’années, les statisticiens s’affolent devant l’augmentation des cas de pathologies résultant de « dysfonctions immunitaires ». On parle de maladies où notre système immunitaire déclenche une réponse de défense alors même qu’il n’existe pas d’agression microbienne. Il s’agit d’allergies, de la Maladie de Crohn ou de toutes les pathologies auto-immunes. Dans ces maladies, nos sentinelles attaquent par erreur des cellules du « soi » comme s’il s’agissait de corps étrangers, de bactéries, de virus ou de champignons. Cette incidence accrue a longtemps laissé le monde médical perplexe (*). Aujourd’hui, l’explication qui se dessine, remet en cause beaucoup d’idées reçues en matière d’immunité. On incrimine tout simplement l’asepsie !

(*) : « Le Point », 22/02/02, n° 1536, p 58.

Article de Denis Riché, pour « Sport & Vie »

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